Pourquoi « Science et religion » ?

 

 

 

Introduction

 

Parler aujourd’hui de la relation entre science et religion s’avère à la foi un geste de normalité et un défi. La normalité est due au fait que les deux démarches représentent des préoccupations majeures de l’homme contemporain. Prenons l’exemple des sciences : leurs résultats théoriques, ainsi que leurs conséquences techniques ou technologiques, toutes font partie inextricablement de notre univers habituel. Nous employons tous dans la vie courante des produits issus de la technique/technologie, ou bien nous agissons selon une certaine vision du monde, selon des représentations et en employant des concepts et des notions qui doivent beaucoup aux connaissances scientifiques. Mais en revanche, la religion, parfois exilée dans l’espace privé (mais cela peut-être plus en Occident qu’en Orient, plus en Europe qu’aux Etats-Unis), structure le vécu humain selon les normes intérieures de la foi, déterminant donc le comportement social -  il y a des signes les derniers temps qui témoignent d’une présence toujours vivante de la religion dans la société, et même renforcée à en juger d’après le nombre de personnes qui y font référence soit dans des manifestation religieuses (qu’elles soient normales ou qu’elles soient maladives, fondamentalistes), soit pour se démarquer de ses principes. Science et religion ne laissent pas indifférent aujourd’hui, acteurs ou spectateurs, tous confondus. 

 

Pour celui qui cherche à vivre honnêtement l’aventure de la connaissance comme geste d’accomplissement de son destin, pour celui qui cherche la joie de se parfaire en découvrant des réalités toujours plus profondes, des repères structurants qui conduisent vers un « moi » intérieur plus complet et plus riche, la volonté de ne passer à côté d’aucune des formes de connaissance pouvant approcher de la vérité est un véritable défi. Quel pourrait donc être le juste équilibre pour le chrétien d’aujourd’hui entre l’homme de foi et l’homme imprégné de culture scientifique ? Comment vivre la richesse intérieure de la prière en étant en même temps un homme culturellement et scientifiquement ancré dans la contemporanéité ? Comment concevoir la relation entre science et théologie dans l’espace de l’intériorité humaine, ainsi qu’à l’extérieur de l’individu, au sein de notre société ? Pour le chrétien, répondre à toutes ces questions est un véritable défi, car il est appelé à vivre sa foi au sein des cultures du monde. La culture scientifique étant aujourd’hui la culture dominante, il n’est donc pas sans importance d’éclairer les rapports entre l’homme de foi et l’univers structuré par cette science qui, depuis l’ère moderne, se dit indifférente à toute référence religieuse ou métaphysique. Le chrétien s’interroge nécessairement sur la relation entre sa foi et la culture, c’est un geste qu’il répète sans cesse depuis l’aube du christianisme. « Comment fais-tu ton salut », ici et maintenant, dans un monde bien précis, dans un contexte culturel bien déterminé ? De plus, quel est le chemin pour vivre la foi dans le Christ et pour l’approfondir dans des « milieux » dont font souvent partie les « autres », tous ceux qui ne partagent pas nécessairement nos convictions ? La contemporanéité, qui nous oblige à concevoir de plus en plus le monde comme un village global, comme une sorte de carrefour des cultures et des civilisations, semble devenir de plus en plus le terrain où tout le monde rencontre tout le monde. Comment donc vivre honnêtement son identité de foi dans un monde multiculturel et multireligieux, quelle est la vraie identité à ne pas trahir face aux autres ?

 

 

Typologie des relations

 

L’histoire nous montre combien la typologie des rapports entre la religion et la science est complexe. Certains contemporains, s’appuyant sur de grands dossiers du genre de « l’affaire Galileo Galilée », parlent de conflit. D’autres, à partir de l’ère moderne, parlent d’indifférence, ou à tout le moins d’indépendance entre les deux démarches. Il en est d’autres encore qui proposent une sorte d’intégration réciproque : faut-il véritablement se confier à une seule connaissance qui engloberait tout ? Cette démarche est en général celle des apologètes de la philosophie naturelle. Ne devrions-nous pas plutôt parler d’un dialogue vécu entre deux entités (personnalités) qui porteraient des identités et des compétences bien différentes, spécifiques, qui se respecteraient réciproquement et qui pourraient s’enrichir mutuellement? Ian Barbour[1] a été le premier à parler des quatre types de relation (conflit, indépendance, dialogue et intégration) auxquels nous venons de faire référence, et il s’agit aujourd’hui de la typologie la plus pertinente des rapports entre science et religion. En même temps, on ne peut tout de même pas laisser de côté ce qui est une limite à ce schéma : il présente les deux acteurs, religion et science, comme étant en quelque sorte deux entreprises humaines, deux cultures différentes qui se croisent sur un même plan. Or, la théologie relevant d’une culture plutôt verticale qu’horizontale (même si elle rayonne sur l’horizontale), l’investigation des rapports entre science et religion doit nécessairement tenir compte de cette dimension. De plus, ajoutons que le but de ce travail étant d’examiner les rapports de la « théologie orthodoxe » au sens strict (et non pas de la théologie en général, et encore moins de la religion en général) avec la science, éclairer la distinction entre « science et foi », « science et religion » et « science et théologie » et préciser la vraie nature de la théologie orthodoxe, nommée « culture de l’Esprit » par le hiéromoine roumain Raphael Noica[2], devient une nécessité. Je propose de le faire à travers quelques préliminaires dont certains sont d’ordre méthodologique.

 

Selon Dominique Lambert, il existe une distinction bien précise entre les différentes démarches qui s’occupent des rapports entre la science et la foi, entre la science et la religion, ou entre la science et la théologie. La question « science et foi », par exemple, regarde la manière dont l’homme de science, à titre personnel, cherche à concilier son approche du monde rationnelle, de type « objectivant » et qui se fonde sur un doute méthodique, sur une critique, avec une attitude de foi, qui est une attitude de confiance. Ainsi, lorsque l’on parle des rapports entre foi et science, on parle plutôt du vécu spirituel de l’homme de science. Parler des rapports entre « science et religion » c’est autre chose, c’est mettre en évidence de quelle manière les communautés (religieuses) se positionnent par rapport au geste scientifique : comment les protestants réagissent par rapport au Big-Bang, comment les orthodoxes réagissent par rapport à l’évolutionnisme, etc. Et, enfin, s’occuper de « science et théologie » c’est voir de quelle manière deux discours différents peuvent se rencontrer sur un même registre, celui de la connaissance : comment un seul concept fonctionne différemment selon deux types de langage différents.

 

 

En la recherche d’une perspective orthodoxe …

 

En ce qui concerne la nature de la théologie, notre vision chrétienne orthodoxe nous oblige à ne pas nous contenter d’un schéma du type ce celui de Ian Barbour, car sa vision relève plutôt d’une structure bidimensionnelle. Or, la vraie rencontre entre la théologie orthodoxe et la science ne doit pas ignorer cette réalité tridimensionnelle, celle de l’intersection d’une culture spécifiquement verticale (il n’y a pas de vraie théologie en dehors de la grâce de Dieu, qui est incréée, et qui inspire l’homme au-delà de toute détermination et compétence humaine naturelle) avec un plan culturel horizontal (qui peut concerner toutes les cultures humaines, qu’elles soient scientifiques, artistiques, littéraires, et qui peuvent dans leurs définitions se séparer ou non de toute entreprise religieuse ou métaphysique, mais qui, à vrai dire, ne dépassent pas l’ordre de la création). Dans ce contexte, le témoignage chrétien est simplement le constat que la question de la culture de l’homme est si importante que Dieu ne la laisse pas entièrement à la charge de l’homme. C’est là une des intuitions fondamentales du hiéromoine Raphael Noica. Dans la continuité de l’enseignement de son père spirituel, l’archimandrite Sophrony, ce moine orthodoxe qui a vécu au milieu de la culture occidentale tout en restant un moine athonite, le père Raphael Noica parle aujourd’hui d’une autre culture que la culture humaine stricto sensu : la « culture de l’Esprit ». Cette culture, philocalique par excellence, est en fait le fruit d’une éducation de la personne humaine conduite selon les repères rédempteurs de l’Esprit Saint. Il s’agit en effet d’assumer une vie attentive à la pédagogie de la grâce, qui éduque et illumine la profondeur de l’âme humaine dans le sens de l’ouverture vers Dieu. Ainsi, être cultivé ce n’est pas uniquement acquérir cette lumière intérieure, se parfaire en un « moi » intérieur plus complet et plus riche dans les limites d’une vie strictement naturelle. Il est vrai que nous sommes habitués à penser qu’être cultivé c’est être bien informé : est cultivé celui qui a accumulé une série de connaissances et d’habitudes et qui fait preuve de « bon sens ». La culture signifie ainsi le développement de certaines facultés de l’intellect par des exercices ou des connaissances acquises qui permettent le développement du sens critique, du bon goût. Par exemple, «être cultivé » en sciences signifie avoir eu la possibilité de faire l’expérience concrète d’un travail scientifique qui nous ait introduit dans la « cuisine » de la recherche propre à cette discipline, afin d’apprendre à mieux agir pour trouver les meilleures solutions devant des problèmes à résoudre scientifiquement. Or, c’est le mérite du père Raphael Noica de nous rappeler qu’est « cultivé » l’homme qui se laisse cultiver non seulement par l’homme, mais par Dieu. C’est l’homme qui se confie progressivement à l’initiative de Dieu, dans un sens liturgique : « confions-nous nous-mêmes, les uns les autres, et toute notre vie au Christ, notre Dieu ». Cela ne veut pas dire qu’est théologiquement cultivé celui qui manipule des informations dites « religieuses », des concepts, des notions, des idées sur Dieu, car ces informations risquent de rester au niveau de la culture horizontale, strictement humaine, malgré leur objet particulier. Est cultivé l’homme inspiré, acquis à l’esprit de prière. C’est bien cela qui l’aide à comprendre, par un effort continu d’ajustement intérieur, ce que Dieu veut lui transmettre. Le père Raphael attire ainsi l’attention sur le fait que « nous devenons ce que nous cultivons en nous. « La culture, c’est tout ce que nous cultivons. La culture de la terre est aussi une culture. […] De même, la culture du péché est une culture, pervertie, mais une culture ». Voilà donc une autre manière de se cultiver, dialogique, relationnelle, et, par conséquent, profondément centrée sur la personne humaine. De la culture de l’homme à la culture de l’Esprit : quels pourraient être les repères d’une telle rencontre ? Comment se situer sans conflit ni altération d’identité personnelle au centre cruciforme de l’intersection de ces deux cultures afin de ne pas manquer les richesses ni de l’une, ni de l’autre ? Voici le défi, tout au moins pour celui qui veut s’échapper à la schizophrénie intérieure ou sociale qui sépare souvent l’homme de foi de celui de la science.

 

 

 

De ce ştiinţă şi teologie ?

 

 

« Fertilizata de miscarea neopatristica, teologia rasariteana a inceput sa recupereze dimensiunea ei de instrument, de mediator intre mesajul lui Hristos si viata Bisericii, pe de o parte, si reprezentarea curenta a lumii, pe de alta » (Doru Costache, Paradigma taborica, in Stiinta si teologie – preliminarii pentru dialog, ed. Eonul dogmatic, Bucuresti, 2000).

 

Traim astazi intr-o lume impregnata de efortul persistent si sistematic de descriere si de intelegere a Universului in care traim. Om, materie, miscarea astrelor, universul infinit mic si mare, iata o realitate care se dezvaluie constiintei umane si care asteapta din partea ei intelegere, participare. O data cu aparitia metodei carteziene, stiinta descopera o metodologie proprie, « pacatuind » prin simplificare in scopul castigarii virtututii « exactitatii », preciziei, eficientei. O metodologie rationala, logica ofera posibilitatea construirii unor edificii, unor descrieri obiectivabile, universal verificabile, si aceasta in pofida oricarei subiectivitati umane. Stiinta paraseste dialectica metafizica spre a cuceri cu fermitate taramul concretului, masurabilului, pragmaticului.

 

 Intr-o astfel de lume, mai este loc pentru teologie, inteleasa ca mod de contemplare si de participare in aceasta lume si deopotriva cautare a unui nivel de realitate diferit de cel „cotidian”, tindere inefabila spre a gusta necreatul din taramul creatului? Articularea teologiei cu stiinta, este aceasta posibila?

 

Dintru inceputurile ei Biserica a fost constienta de faptul ca, urmarind sa-L faca cunoscut lumii pe Dumnezeu Cel Necreat, ontologic distinct fata de creatia Sa, transcendent, avea in fata dificultatea trairii si intelegerii intalnirii Necreatului cu Creatul. Intre cele doua niveluri de realitate, comunicarea, in tindere continua catre adevarata comuniune (si am indrazni a spune, cuminecare) a fost vazuta de Biserica ca neapartinand exclusiv umanului, creatului, ci impunand o impreuna initiativa, de ambele parti. De aceea teologia n-a marturisit doar posibilitatea existentei lui Dumnezeu (demonstrarea poate constitui un demers posibil stiintific), ci a crezut in experimentarea prezentei Sale, prin intermediul harului, adica a energiilor necreate divine. Hristos, Dumnezeu si om, se face incepatorul si puntea (pontifex, facator de poduri) intre divin si uman.


Istoria arata deseori momente de tensiune intre reprezentarile provenite din ancorarea religioasa si cele dezvoltate pe bazele observatiei autonom-rationale. Ideologizarea celor doua demersuri a lasat rani adanci in fiinta dialogului intre cele doua. Sub imperiul scientismului Dumnezeu sfarseste prin a nu mai avea loc, or, in cel mai bun caz, prin a fi rastignit intr-o schimonosire desfiguratoare, categoriile ratiunii umane nefiind suficiente unei intalniri cu Infinitul. Sub imperiul sectarismului, a dogmatismului ingust sau a scolasticismului, raspuns gresit dat de teologie intalnirii cu stiinta, teologia a devenit pietism si melodrama, barbatia cautarii lui Dumnezeu, jertfitoare si ancorata in har lasand locul descrierilor confuze, tulburate de patimi sau unui „angelice” desprinderi de realitate. Biblia nu este manual stiintific, nu ofera descrieri pe care le putem supune exigentelor tehnice, ea este intai de toate teologie condensata, plasticizata, oferind experienta con-vietuirii om-Dumnezeu. Interpretarea ei nu se poate face in cheie autonom-rationala, intrucat nici scrierea ei nu apartine exclusiv mintii umane, ci ratiunii iluminate de har. 

 

Stiinta nu este teologie si teologia nu este stiinta. Metodologiile celor doua, precum si nazuintele lor, sunt diferite.

 

La ceea ce indeamna insa teologia nu este o desprindere si o renuntare la lumea in care traim, in care prin iconomie divina, aici si acum, suntem chemati catre mantuire. Ci o asumare a ei, deopotriva cunoastere si deopotriva transfigurare a acesteia catre acel „cer nou si pamant nou”, existenta spiritualizata in care o noua fizica, cea a corpului inviat al lui Hristos, este chemata sa existe.

 

Marii ierarhi ai Bisericii nu au ocolit stiinta, ci au innobilat-o printr-o asumare fertila si creatoare. Noi astazi, deseori zgribulitzi si speriatzi de ritmul si amplitudinea descoperirilor stiintifice, cu impact percutant asupra insasi structurii fiintei umane contemporane, in aceste veacuri ale stiintei cuceritoare de inimi si de constiinte, uitam adeseori importanta capitala a trairii realitatii tehnice in duh de rugaciune si de asumare creativa. In locul reprosurilor neputincioase si al refuzului asumarii realitatii contemporane, in locul ieftinei ascunderi in universul nostru interior, unde ne complacem sa credem ca mantuirea noastra inceteaza a mai trece prin mantuirea aproapelui, exista si o alta alternativa: sa cautam discernamantul bunelor alegeri si al trairii concretului acestei lumi, a carei vocatie de scara catre Dumnezeu, incifrata in insasi fiinta ei, nu inceteaza nici astazi. In locul complacerii criminale si asistarii neputincioase la spectacolul lui „orice se va poate face tehnic se va face” sa oferim un duh crestin al stiintei in slujba umanitatii. Si aceasta in cautarea unui umanism dupa modelul umanitatii lui Hristos.

 

Demersul de fata se vrea un manifest. Pentru toleranta, pentru intelegere. Pentru o teologie vie, neprafuita, jertfitoare, ca prezenta reala a lui Hristos, vindecatoare in fata handicapurilor, traumelor, schjelor induse de stiinta facuta ca scop in sine, in care omul este uitat sau instrumentalizat. Adevarata teologie ortodoxa este intarea in gandul lui Dumnezeu, este viata in har, este acel demers, cel mai curat posibil, pe care Dumnezeu l-a lasat omenirii catre cunoasterea Sa. Imi doresc ca aceasta teologie sa intalneasca adevarat stiinta, tot mai constienta de plusurile si minusurile ei, care face eforturi in edificarea unui om liber, creator, indraznet in asumarea lumii in care traieste.

 



[1] Ian G. Barbour, Religion and Science – historical and contemporary issues, ed. HarperSanFrancisco, 1997.

[2] Rafail Noica, Cultura Duhului, ed. Reîntregirea, Alba Iulia, 2002.